On ne peut que saluer l’entrée de l’environnement dans l’arène électorale, et souhaiter que l’élection présidentielle se centre durablement sur des thèmes moins démagogiques que l’insécurité et l’immigration. Cependant, le « pacte national pour l’environnement » de M. de Villepin reste largement incantatoire, dans le grand style de Jacques Chirac, et blanchit à peu de frais un gouvernement sans aucune initiative d’envergure depuis 5 ans.

Remercions le Premier Ministre d’inviter les Français à épargner écologique, les entreprises à innover, les collectivités locales à renoncer à perdre des recettes fiscales pour la bonne cause, de s’attribuer le mérite du recyclage des déchets électriques qui est une obligation européenne. Chemin faisant, il oublie qu’il est à la tête d’un gouvernement qui a coupé les crédits de l’ADEME, qui est hors la loi européenne sur les OGM, qui monopolise les crédits de recherche au profit du nucléaire ou du projet ITER, qui est en infraction sur la législation Natura 2000, qui est distancé par les grands pays européens en production d’électricité renouvelable. L’appel à développer les biocarburants ne règlera ni les problèmes d’une politique du tout routier, ni ceux d’une agriculture menacée par la monoculture intensive, ni celui d’un gouvernement qui n’en fait qu’à sa guise avec le protocole de Kyoto. L’environnement n’est pas un thème pour poètes-diplomates en mal de pathos : l’Etat doit être exemplaire avant d’en appeler à la bonne volonté des Français.