Francine BAVAY, conseillère régionale d'Île-de-France

mer 22 mar 2006

CPE, OGM : l’état d’urgence permanent, la démocratie court-circuitée !

Le Premier ministre Dominique de Villepin fait savoir à qui veut l’entendre qu’il aime l’action et les difficultés : on aimerait qu’il se facilite la tâche en écoutant le pays qu’il prétend gouverner. En lieu et place, c’est l’état d’urgence permanent érigé en méthode de gouvernement pour court-circuiter la démocratie, au prix de brutalités policières qui ont déjà fait un blessé grave. Soutenu par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, le CPE a été décidé sans concertation aucune avec les partenaires sociaux, a été imposé par le 49-3 dans un Parlement pourtant de droite, est un texte dont il faut réclamer le contrôle de constitutionnalité ; il a fait descendre des millions de manifestants dans les rues, agite des dizaines d’universités et des centaines de lycées. Leurs raisons sont incontestables : à la précarité dans les faits va s’ajouter la précarité dans le droit du travail : le rapport de forces défavorable aux salariés depuis des dizaines d’années sera inscrit dans le marbre de la loi. Comment s’étonner que tant d’emplois dans la restauration ou le bâtiment restent inoccupés, si l’on démolit tout statut protecteur de la main d’œuvre française ? La période d’essai de deux ans, indéfiniment reconductible par le même employeur et pour le même employé, interdit à des générations entières, rejetées par les bailleurs et les banquiers, à la merci de leur employeur, l’accès au logement, au crédit, à la parentalité, à l’indépendance, à l’espoir d’un quelconque avenir. Et l’on voudrait que cette génération accepte sans broncher cette loi inique votée à la hussarde ?

Il en va de même pour la future loi sur les OGM : le gouvernement prend prétexte de son retard par rapport à la réglementation européenne pour imposer à nouveau une procédure d’urgence au Sénat et à l’Assemblée. Cette loi élaborée sans concertation s’apprête simplement à légaliser l’invasion des OGM qui a déjà commencé, au détriment des paysans indépendants attachés à la qualité. Les précédents jugements rendus par la justice et de nombreuses études récentes ont montré les incertitudes scientifiques qui ne cessent de s’accumuler. Les agriculteurs contaminés seront indemnisés selon des critères extrêmement flous, le secret industriel est placé au-dessus de la santé publique. La Charte de l’environnement est ignorée, mais qu’importe, l’urgence est d’imposer !

Non, Monsieur Villepin, pour reprendre vos propres termes, la France n’a pas envie qu’ « un saisonnier, un chenapan, un maraudeur » la « prenne » ! Les Français ont simplement besoin qu’on les écoute et qu’on les respecte. OGM, CPE : face à la brutalité gouvernementale, les collectivités locales, les élus, les citoyens doivent informer, résister, contester. La démocratie n’a pas lieu une fois tous les cinq ans, mais chaque fois que notre avenir est en jeu.

lun 20 mar 2006

Une idée de génie : financer l’aide sociale par les déchets nucléaires !

Le projet de loi sur la gestion des matières et déchets radioactifs devrait être présenté au Conseil des ministres le 22 mars prochain, comme toujours dans la plus grande discrétion. S’il était voté, il créerait une « prime de stockage » offerte aux départements accueillant sur leur territoire des sites d’entreposage de déchets radioactifs, afin, selon l’exposé des motifs du texte, de « marquer la reconnaissance de la nation pour les territoires participant aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs ». Aux départements poubelles, la patrie reconnaissante ! Cette prime pourrait s’élever jusqu’à 40 millions d’euros par an. A l’heure où tous les départements sont financièrement étranglés dans leurs nouvelles compétences sociales du fait du désengagement de l’Etat et de l’explosion de la précarité, il y a de quoi appâter plus d’un conseil général ! En quinze ans, l’Etat nucléocrate n’a réussi à imposer aux populations qu’un seul site de stockage souterrain, qui reste expérimental, à Bure. 9 Français sur 10 sont hostiles à la présence d’un site de stockage près de chez eux. A présent, il ne s’agit de rien de moins que d’acheter des élus pressurés par leurs nouvelles missions, pour justifier la poursuite d’un programme qui fait de la France le pays le plus nucléarisé du monde, et donc dépendant considérablement d’un combustible étranger et non renouvable. Pour plus de « transparence », il n’y a plus qu’à proposer à EDF ou à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) de gérer elles-mêmes le revenu minimum d’existence, l’allocation handicap, le Fonds d’aide aux jeunes, la voirie, et, pourquoi pas, le coût des licenciements arbitraires du CPE dans les départements poubelles de l’industrie nucléaire ! Cette nouvelle manœuvre montre qu’iI est urgent et nécessaire d’en finir avec l’arbitraire du tout nucléaire en France, de démocratiser les choix énergétiques et de favoriser les énergies renouvelables.

mer 8 mar 2006

6 ans après la loi, la politique reste un club d’hommes

22 932 euros par femme exclue : c’est le prix payé chaque année depuis 2002 par les deux grands partis de gouvernement français pour les 258 femmes évincées des listes d’investiture aux dernières législatives (source : Observatoire de la Parité). La paix entre hommes n’a pas de prix ! En 1997, on comptait 10,9% de femmes à l’Assemblée ; en 2002, le chiffre a bondi à 12,3%. A ce rythme, la France rejoindra la Suède en 2112 ! Si le PS semble vouloir s’amender pour les prochaines échéances, l’UMP passe les femmes au Kärcher du machisme et donne priorité aux sortants. Les Françaises ne demandent ni de pieux efforts, ni la charité, mais l’application de la loi sur la parité. C’est pourtant Nicolas Sarkozy, aidé par la ministre déléguée à la Parité, qui s’apprête à présenter une loi renforçant les sanctions financières contre les partis récalcitrants : l’affichage et l’hypocrisie n’ont plus de limites.

Pendant ce temps, nos voisins espagnols sont un exemple qui doit inspirer nos exigences : parité gouvernementale stricte, obligation de négociation d’un plan d’égalité hommes/femmes dans les entreprises, obligation de parité dans les conseils d’administration, préférence donnée aux entreprises en règle pour la passation des marchés publics, enfin lutte sur le front des mentalités et des représentations, notamment dans la publicité et les médias de service public. Sans une volonté politique inébranlable, tous les discours rituels seront lettre morte : la France restera un des rares pays à n’avoir pas communiqué aux Nations Unis les données nécessaires au calcul de l’Indice de participation des femmes (IPF) en vigueur depuis 1995, de peur d’avoir à en rougir !