(Introduction à la réunion publique de Châtillon le 23 février 2006)
On nous propose des voitures écologiques, de la nourriture bio, des produits issus du commerce équitable, et c'est tant mieux. Mais je ne vous apprendrai rien en vous disant que nous ne souffrons pas seulement de la pollution et du bruit des automobiles, de la malbouffe ou de la surconsommation.
A mesure que la crise environnementale et sociale s'accentue, le problème devient de plus global : ce sont nos cadres de vie, nos modes de vie et de consommation qui posent problème. On peut toujours appeler à la responsabilité individuelle, à des changements de comportement, mais c'est trop facile et surtout insuffisant, tout comme, dans la lutte contre le cancer, appeler à manger cinq portions de légumes verts au lieu de réglementer rigoureusement les substances produites par l'industrie chimique !
Pour revenir à l'habitat, on sait bien que nos comportements sont largement déterminés par notre cadre de vie, la forme de notre ville, la structure de nos habitations. Les voies publiques, les modes de chauffage et les composants de nos maisons, les modes de circulation sont autant d'éléments que le citoyen le plus écolo peut rarement bouleverser de sa seule initiative. Ce sont des choix urbanistiques et politiques fondamentaux, à très long terme. N'oublions pas que les bâtiments d'habitation (privée + bureaux) produisent près de 20% des gaz à effet de serre en France !
Nous le savons tous, en France, pays peu dense, l'étalement urbain progresse à une vitesse foudroyante : ce sont des zones pavillonnaires à perte de vue qui poussent comme des champignons. Face à cela, aucune réflexion d'ensemble de l'Etat, aucune initiative forte, si ce n'est le torpillage de la loi SRU sur l'objectif des 20% de logement social pour les grandes communes ou encore l'offre de maison à 100 000 euros, qui aurait pu fournir l'occasion de sensibiliser l'opinion.
Mais les consciences s'éveillent : la maison écologique commence à susciter l'intérêt des consommateurs, et aussi des institutions : des centaines de maisons individuelles en bois ou en botte de paille agricole se construisent chaque année. L'OPAC de Paris, qui a signé en novembre dernier une charte du développement durable, s'est fixé des objectifs sur cinq ans : développement du solaire thermique, de l'éolien, réduction des émissions de CO2 et de la consommation d'eau, diminution de 30% la consommation énergétique des nouvelles constructions. Par ailleurs, depuis 2 ans se tient un salon de l'habitat écologique à la Villette.
Plus généralement, le label HQE est de plus en plus appliqué, par exemple pour les lycées construits par la région IDF. Le conseil régional vient aussi de voter l'installation de 20000 m2 de panneaux solaires par an sur les logements sociaux. Mais au-delà de quelques bâtiments exemplaires, ce sont des quartiers durables, des réseaux d'énergies renouvelables qu'il faut aménager. Un exemple incontournable en France, la ville de Besançon, notre petit Fribourg à nous ! On vient d'y inaugurer une des plus grandes chaufferies à bois de France, qui dessert 2500 logements sociaux. Depuis 25 ans, Besançon s'emploie à diminuer son impact écologique en matière d'eau, d'éclairage, de chauffage. En 1990, elle a créé Energie-Cités, un réseau d'échange d'expériences qui rassemble près de 200 agglomérations européennes.
Plus près de nous, on peut aussi parler d'un projet soutenu par le conseil général du Val de Marne, à Limeil : près de 10 hectares seront consacrés à une zone d'habitat mixte, avec une grande piste cyclable, des chemins pour les écoliers, des bassins de récupération des eaux de pluie, des capteurs solaires, une isolation écologique.
Il faut donc y croire, parce que d'autres le font, parfois depuis longtemps, en France et en Europe. C'est à nous, citoyens, élus, d'accélérer le mouvement pour une ville plus vivable et plus humaine, d'alerter, de faire réagir. Comme disait le philosophe Bergson, « l'avenir ne sera pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire ! »
La flambée des prix du gaz et du pétrole a au moins une vertu : le surcoût de l'urbanisme écologique, qui jusqu'ici servait d'excuses, va disparaître ou devenir négligeable. Construire une maison mal isolée, c'est un luxe que les plus pauvres ne pourront bientôt plus se permettre ! Construire un quartier de façon anarchique, selon la loi de la spéculation immobilière, ça ne doit plus être possible.
Je finirai par une nouvelle fraîche très encourageante : mardi dernier, à Paris, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement a lancé une initiative « Construire vert » en partenariat avec les géants du secteur, afin de créer des pratiques de construction durables, des normes d'efficacité énergétique, entre autres. Le sujet est donc brûlant : le secteur du bâtiment emploie 100 millions de personnes dans le monde et pèse 10% du PIB mondial. La construction est aussi symbolique des choix concrets de modes de vie. A partir des bâtiments, on peut raisonner et réorienter bien des pratiques sociales aberrantes.