La Région Ile-de-France s’est dotée depuis plusieurs années d’un programme d’aide à l’habitat et à l’accompagnement des gens du voyage. Ces actions ont pour but d’aider les départements et les communes à appliquer la loi Besson, très en retard dans son application, qui prévoit l’obligation pour les communes de plus de 5000 habitants d’aménager des aires d’accueil. L’amendement budgétaire voté mercredi 23 novembre à l’Assemblée nationale, s’il n’est pas retiré par le Sénat, va à l’encontre des efforts régionaux et de la lutte contre les exclusions des voyageurs. Il prévoit en effet une taxe d’habitation sur les « résidences mobiles ». Ceci semble aller dans le bon sens en ce qu’on reconnaît implicitement la caravane comme un habitat à part entière. Mais le texte n’en retient évidemment que l’aspect fiscal : on évite soigneusement la reconnaissance des caravanes comme habitats demandée par les gens du voyage depuis longtemps, et qui leur donnerait accès à une adresse officielle, à l’allocation logement ou aux prêts immobiliers aidés.

Ce mélange inédit de taxe d’habitation et de vignette atteint d’autre part un montant exorbitant : 75 euros par mètre carré. On sait qu’en moyenne les voyageurs disposent de 2 caravanes pour une surface totale de 30 m2. La taxe reviendrait dans ce cas à 2250 euros pour l’équivalent d’un studio, et ce sans aucun abattement ! Le gouvernement sait très bien que nombre des gens du voyage sont dans des situations de pauvreté ou de précarité : ce sont donc une nouvelle fois les plus démunis qui sont censés remplir les caisses de l’Etat, alors que les actionnaires et les chefs d’entreprise bénéficient de scandaleux allègements fiscaux. Ce sont aussi à présent les gens du voyage qui sont chargés de « rétablir l’égalité des citoyens devant les charges publiques », selon les propos du député Chartier. Grâce à l’UMP, les citoyens sont enfin égaux : plus aucune habitation n’échappe à la flambée de l’immobilier, et l’Etat se charge de ceux que le marché a épargné !

Il faudrait croire que nos problèmes sociaux ne sont dus qu’à des chômeurs profiteurs, des incendiaires étrangers, des polygames irresponsables, ou des nomades égoïstes. Face à la crise sociale sans précédent dans les quartiers défavorisés, face à l’explosion des inégalités, le gouvernement n’a d’autre réponse que de stigmatiser les populations les plus fragilisées.